L’organisation du travail après le confinement

Est-ce qu’il y aura un avant et un après ?

Si vous m’aviez posé la question il y a encore trois semaines, je pense que je vous aurais répondu non, cela ne changera rien. Pour moi le confinement n’était qu’une étape temporaire, un repli nécessaire de quelques semaines, et que, passé ce délai tout reviendrait à la normale.

Sauf que, force est de constater que cela ne sera pas le cas :

  • Premièrement, à cause de sa durée qui est suffisamment longue pour nous avoir fait prendre du recul et reconsidérer nos habitudes de vie d’un œil neuf.

  • Et ensuite, car nous vivrons encore de nombreux mois avec le virus, à l’image d’une épée de Damoclès au-dessus la tête.

Les comportements de protection et de distanciation sociale, que nous avons commencé à adopter sont amenés à perdurer. La situation d’avant le confinement a changé, et nous aussi.

 

Un changement dans nos relations : au travail, aux autres et à nous même

Un des paradoxes du confinement c’est que l’on ne s’est jamais autant intéressé à la santé des autres, et à comment ils vont que depuis que l’on sait que l’on ne peut plus les voir, y compris vis à vis de son entourage professionnel. Sans doute parce qu’en travaillant à domicile, on reste entouré par sa vie personnelle, que l’on embarque forcément en partie avec nous. Le caractère anxiogène de la situation fait ressortir des émotions qui nous poussent à être plus attentif à celles des autres.

Pour les salariés placés au chômage technique, et surtout si certains de leurs collègues ont conservé leur activité à temps plein, cela peut détériorer leur vision du travail, leur faire perdre le sens qu’ils y donnaient, et faire émerger un sentiment d’inutilité. Un reporting considéré comme indispensable avant la crise semblera dérisoire lorsque l’activité reprendra, et le challenge pour les entreprises sera plus que jamais de donner du sens à leur action.

Le confinement est une période propice à l’introspection, et l’adversité peut être un catalyseur qui motive à se rapprocher de ses valeurs. Et avoir l’envie d’exercer dans une structure dont la culture d’entreprise soit alignée avec elles.

Or, la façon dont les entreprises gèrent la crise est très révélatrice de leur culture et leur identité. Le qui devient plus important que le quoi. Et des entreprises l’ont bien compris en anticipant cette tendance, comme l’Oréal et Chanel qui ont annoncé dès le début du confinement, qu’elles indemniseraient leurs salariés à 100% sans faire appel au chômage partiel. Mais celles chez qui cet état d’esprit est le plus visible sont les entreprises de l’économie sociale et solidaire. Leur raison d’être sur la réduction de l’impact, prime sur le bénéfice économique qu’elles générent. Et je ne serais pas surprise de voir cette économie se développer dans les mois à venir.

 

L’impact de la distanciation sociale sur les espaces de travail

Nous sommes partis pour vivre avec le virus une longue période avec des up and down dans sa progression. Et dans le cas d’un pic, les règles sanitaires appliquées dans une entreprise seront scrutées à la loupe et risque d’être des facteurs déterminants pour décider du maintien ou non de l’activité dans les locaux de l’entreprise.

Le récent jugement du tribunal de Nanterre envers Amazon en est la preuve : Amazon a dû stopper son activité faute d’une évaluation précise sur les risques sanitaire encourus par ses salariés. Plus globalement, toute usine risque de voir sa capacité de production réduite pour que les postes de travail respectent les normes de sécurité et de distanciation en vigueur et ceux pendant toute la durée de cohabitation avec le virus. Comme par exemple les usines automobiles qui ne peuvent redémarrer pour le moment qu’avec 25% de leur volume d’activité. 

Les locaux hébergeant les bureaux des entreprises sont également une source de préoccupation, notamment dans le cas de l’utilisation d’open space. Pour y avoir moi-même travaillé durant de nombreuses années, il est fréquent qu’ils ne respectent pas les distances préconisées, et certaines salles regroupent parfois jusqu’à une quarantaine de bureaux dans une même pièce.

Pour éviter que trop de personnes ne soient présentes au même endroit, une solution serait d’alterner les équipes en travail présentiel/à distance. Ce dispositif sera sans doute aussi utilisé pour limiter le nombre d’individus présents dans une salle pour une réunion, même si toutes les personnes conviées sont déjà présentes dans les locaux de l’entreprise.

De nouveaux aménagements des locaux de l’entreprise, avec plus d’espace et cloisons semblent inéluctables. Pour le respect de la distanciation sociale d’une part et pour réduire les bruits d’autres part. Les équipes ne travaillant pas toute au même endroit, il y aura davantage de visioconférences et d’appels téléphoniques.

Des endroits comme la cantine ou des espaces de co-workinng seront soumis à des objectifs contradictoires qui risquent de virer au casse-tête : à la fois permettre à des individus de se retrouver et de rompre avec l’isolement tout en proposant un lieu respectant les normes de distanciations.

Les entreprises qui réussiront à sortir de la crise seront sans doute celles qui auront anticipé ces changements. On peut même imaginer dans les mois à venir que de nouvelles certifications visant à vérifier le respect des règles sanitaires voient le jour, et une inspection du travail qui sera très vigilante sur ces points.

 

Quels changements pour l’activité et les fonctions supports ?

Une des fonctions qui se trouve actuellement la plus bouleversée est celle des ressources humaines, qui est au cœur de toutes les préoccupations :

  • D’un point de vue juridique, sur l’application du chômage technique et sur tous les nouveaux décrets sortis durant la pandémie.
  • Pour la sécurité des salariés, avec de déploiement des règles sanitaire.
  • Sur l’aspect financier de la gestion des paies avec les aides promises par l’état.
  • Et enfin sur les aspects humains, avec la mise en place du télétravail et la gestion des risques psychos sociaux à venir.

 

Ce sont des sujets qui touchent de façon pointue à tous les périmètres encadrés par les ressources humaines et qui sont cruciaux pour la survie de l’entreprise. Certaines n’avaient pas formalisées précisément cette fonction jusqu’alors et se retrouvent à devoir l’externaliser ou au contraire à recruter des responsable RH pour y faire face C’est assurément une des fonctions support qui se développera le plus avec la crise.

Un des points positifs de la généralisation du télétravail est que le recrutement puisse être réalisé avec des personnes n’habitant pas à proximité de l’entreprise et donner  plus d’accessibilité à des personnes  en mobilité réduite. Et cela peut être une aubaine pour des métiers en tension comme ceux de développeurs ou data analyste, en ouvrant plus de possibilités pour les candidats comme pour les entreprises.

Plus globalement, au vu de l’incertitude sur les conditions de travail pour les mois à venir, il est presque plus sécuritaire pour une entreprise qui démarre, et quand son activité le permet, de développer une approche en full remote, à l’image de Zappier dont les employés travaillent tous à distance et partout dans le monde. En particulier pour des entreprises qui visent une activité internationale, car plus tôt est installé le modèle d’internationalisation dans la création, plus il a de chance de le réussir.

Intégrer le travail à distance dans la culture des entreprises permet aussi la diminution des déplacements, notamment pour les commerciaux. Même si des entreprises disposent depuis longtemps d’outils de visioconférences, leur utilisation n’était pas complètement intégrée. Pourtant, dans les semaines à venir, le flux des personnes entrantes/sortantes dans les locaux d’une l’entreprise sera étroitement limité et surveillé, la prospection n’aura d’autre choix que d’être réalisée par téléphone, et par visioconférence. L’inbound marketing sera plus que jamais d’actualité, le contact humain étant limité, la vitrine digitale de l’entreprise sera scrutée à la loupe.

Si on considère maintenant l’aspect santé, Il est probable que dans les mois à venir et durant toute la période de cohabitation avec le virus, nous assistions à une explosion des métiers autour du bien-être, la situation et son absence de visibilité ayant tendance à augmenter les niveaux de stress et d’angoisse des individus. La qualité de vie au travail sera au cœur des préoccupations afin de proposer un cadre de travail qui réponde aux normes sanitaires et d’hygiène.